Le jour se lève, je viens de me lever. Hier je suis allée chez la dermato qui a brulé au laser un défaut de peau sur ma joue. J’ai un bleu ce matin. Peu après le réveil, je suis passée à la salle de bain, devant le miroir et j’ai oublié de me regarder dedans, de vérifier mon image, l’étendue des dégâts de la brûlure.
Juste avant j’avais fait des ricochets sur Instagram avec la photo que j’avais postée hier : un arc en ciel sur le port et les autres publications prises sur le même lieu « port-vieux de la Ciotat ». Je n’ai vu que des personnes prenant la pose, façon fashion. Sur 100 publications, 2 ou 3 seulement sans selfie ou portrait en pied, soit 2 ou 3 photos du service communication officiel de la mairie. J’ai d’abord été frappée par ça et ensuite j’ai fait le lien avec moi qui ne m’étais pas souciée de mon image après mon intervention d’hier qui pouvait potentiellement marquer ma peau, « se voir ».
Qu’est-ce qui est différent, qu’est-ce qui est pareil ?
Est-ce que la conscience de soi est compatible / incompatible avec l’affichage de soi – ou de son image ?
Je repense à ce tableau du Caravage de Narcisse admirant son reflet dans l’eau. Qu’évoque pour moi Narcisse ? L’origine du mot « narcissique » dont ma définition serait « centré sur soi », le synonyme « égocentrique ». Mais l’égo n’est pas le soi, n’est-ce pas, cher Jung ? Et ces (auto-) portraits posés devant un paysage ne sont pas le reflet de soi, peut-être sont-ils le reflet d’un souhait de soi, de ce que l’on voudrait montrer de soi, montrer au monde et surtout à soi-même que l’on est ce qu’on montre. Beau, ou parfait, ou dans la norme de ce monde, de la beauté. Les commentaires « so cute », ça c’est le miroir qui parle, c’est l’eau du lac qui prend la parole et qui confirme à Narcisse ce qu’il voit, plus exactement ce qu’il veut voir, ce qu’il croit voir. Je regarde mon image en surface, l’ego est mon masque, le soi est au plus profond.
La surface du lac reflète le beau Narcisse. Qu’y a-t-il sous cette surface, sous la pellicule de lumière et son pouvoir réfléchissant ? La vase, les algues, les particules en suspension, les bestioles, petites ou grosses, bizarres ou familières ? La conscience de soi peut-elle, non pas faire oublier la surface – je sais que j’ai un bleu sur la joue – plutôt la relativiser ? Et si je mets toutes mes pensées, toute mon énergie dans le sourire et la pose, à quoi je pense pendant tout ce temps ? quelle attention je porte à ce que je suis en train de vivre, à cet endroit « port-vieux de la Ciotat », à ce moment ? Quels souvenirs garderai-je de ce selfie ? J’avais tel sac ou telle coupe de cheveux, j’étais suffisamment ou pas assez mince, etc. et qu’est-ce que je ressentais à ce moment, qu’est-ce qui m’a inspirée, étonnée, amusée, que je veuille garder comme une empreinte, un moment à conserver dans mon album de vie ?
Je garde de la photo postée hier ce moment irréel, comme magique. J’étais au téléphone, concentrée sur ma conversation. Je me suis interrompue, j’ai fait patienter mon interlocuteur, je voulais accorder à cette lumière rose, à ce double arc en ciel sur la mer de l’attention, de la présence. Je voulais prendre la mesure de ce que cette beauté faisait sur moi, comment elle se reflétait sur moi, comment elle me touchait, comment elle me teintait à l’intérieur. Ça n’a duré que quelques secondes, j’ai regardé, pris la photo, j’ai repris la conversation. J’ai posté la photo plus tard sur Instagram. Je garde de ce moment qui a duré le temps d’un selfie, la magie, la fugacité, la fulgurance. J’aurais pris mon portait avec l’arc en ciel en fond, je ne pourrais probablement pas me rappeler ce que j’ai ressenti en profondeur. Ce paysage reflète pour moi, dans mon album, qui j’étais, comme j’étais au fond de moi à cet instant.
Narcisse m’avait emmenée chez le dermato pour corriger un défaut sur mon visage et j’ai oublié Narcisse pour me connecter au paysage.
Le miroir n’est pas celui qui croyait l’être.
Du talent à la hauteur de la beauté de ce 1er post!
Bravo de le partager avec ceux et celles qui ont la curiosité et le courage de développer leur propre talent en s’appuyant sur un coach qui a trouvé le sien. A l’image du banian, un talent au service de la révélation d’autres talents…
Très joli 1er post, reflet d’une très jolie personne.
Belle vie au Baron Perché qui j’en suis sûre du haut de son arbre vivra très longtemps et sera apprécié d’hommes et de femmes en quête de questionnement.
Dans l’imaginaire public, là où se pose un arc en ciel se cache un trésor…
Narcisse s’est trompé, la beauté ne se reflète pas dans un miroir mais dans les battements d’un cœur quand des mots viennent le rendre vivant
Que ce blog fournisse de nombreux battements de cœur à celles et ceux qui veulent aligner leur cerveau avec leur cœur afin de produire au quotidien des trésors à partager